Nous sommes le 10 mai 1970. Un dimanche. J'ai 10 ans. Avec mes parents, je suis en visite chez un oncle.
En après-midi, il y a un match de hockey à la télé. Boston contre St-Louis. C'est le 4e match de la série finale de la Coupe Stanley, série que Boston mène 3 à 0.
À dix ans, je ne savais pas trop ou était situé la ville de St-Louis, mais j'étais persuadé que c'était une ville francophone. Probablement à cause du saint.
Faut dire que l'équipe était composée de plusieurs francophones; Phil Goyette, Noël Picard, Jacques Plante, André Boudrias, Jean-Guy Talbot, Alger Arbour (qui jouait avec des lunettes),et Raymond Fortin. Sans compter Gary Sabourin et Frank St-Marseille, qui avaient des noms de famille francophones.
La ville de St-Louis devait donc être quelque part au Québec, ou dans une région francophone du Canada que je ne connaissais pas.
Je me demandais aussi pourquoi on ne jouait pas le Ô Canada.
Selon un camarade de classe, qui n'avait aucune idée ou se situait St-Louis lui non plus, on ne jouait que l'hymne national des États-Unis parce que c'était la finale. Ça me semblait logique.
Comme ça me semblait logique que St-Louis puisse gagner les quatre prochains matches.
Donc en ce beau dimanche après-midi, personne chez mon oncle n'était intéressé par le hockey, surtout que les Canadiens ne jouaient plus. Timidement, j'ai demandé la permission d'écouter ce quatrième match à la télé.
Je me suis installé seul dans le salon, assis par terre en indien (c'était politically correct de dire ça en 1970) à trois pieds de l'écran. Encore aujourd'hui, il m'arrive d'être plus confortable dans cette position que d'évacher sur le divan.
Mon oncle avait une télé couleur 26 pouces, alors que chez moi, nous n'avions qu'une télé noir et blanc, beaucoup plus petite. Le gazon était toujours plus vert sur une télé couleur que sur la nôtre.
Pendant les deux premières périodes, j'ai vu les Blues défendre chèrement leur peau face aux Big Bad Bruins.
Les pauvres Blues avaient été déclassés au cours des trois premières parties, mais ce quatrième match était serré. J'avais vu juste. St-Louis allait revenir de l'arrière.
Ça promettait pour la troisième période.
C'est à ce moment que tout s'écroula, que mon match pris fin de façon inopinée et impromptu. C'était l'heure de retourner à la maison.
Nous avions deux heures de routes à parcourir pour revenir à la maison. Pas question d'attendre plus longtemps, le lendemain étant un jour d'école.
Quelques mois plus tôt, dans des circonstances semblables, nous avions eu une crevaison, que nous avions du faire réparer immédiatement, sans doute parce mon père avait négligé d'avoir une roue de secours. Dans le bas du fleuve, à cette époque, trouver un garage ouvert un dimanche soir tenait du miracle. Surtout un garage équipé d'outils métrique pour la Volkswagen de mon père.
Mes parents ne tenaient pas à revivre telle expérience. J'ai eu beau protester, les supplier, leur promettre de faire le ménage de ma chambre sans qu'on me le demande, et ce pour le reste de mes jours, m'occuper de mon petit frère, rien n'y fit. Leur faire croire que je devais regarder le match pour un travail scolaire? Je savais mes parents trop intelligent pour leur faire gober ça, et moi, trop mauvais menteur pour tenter le coup.
La mort dans l'âme, j'ai pris place dans la Volks familiale (mais pas dans le sens de station-wagon là), dans laquelle la radio ne fonctionnait pas. J'espérais que mon père conduise très vite, et que le match soit ponctué de plusieurs arrêts de jeux et de batailles. J'aurais ainsi une chance de voir la fin du match lorsque je serais de retour à la maison.
Je m'accrochai au fait que plus tôt dans les séries cette année là, dans un match Boston-New York Rangers, on avait mis une vingtaine de minutes pour jouer une seule minute de jeu, tellement il y avait du grabuge. Si seulement ça pouvait se répéter aujourd'hui.
Je reprenais espoir. Me semblait avoir vu quelques joueurs s'accrocher durant le match. En depuis de troisième, la chicane allait pogner, c'était évident. Des batailles à plus finir. J'en étais maintenant sûr. Il s'agissait juste que mon père ne lambine pas, ni qu'il n'ait de crevaison, ni que...
C'est à ce moment que mes parents, je ne me souviens plus lequel des deux, proposa qu'on soupe au restaurant.
- QUOI???...Êtes-vous tombé sur la tête? Heille, les malades, y a d'l'école demain chose! Pis me semble qu'il fallait A-B-S-O-L-U-M-E-N-T qu'on revienne à la maison avant la noirceur? C'est quoi la joke?
Non, je n'ai pas dit ça à mes parents. J'étais trop bien élevé.
Il n'y avait pas de télé dans les restaurants dans ce temps là. Il ne m'est donc même pas venu à l'idée que je pourrais voir la fin du match en mangeant mon hamburger.
J'ai entendu un client au comptoir dire que Boston avait gagné. Ça se pouvait pas, il devait avoir mal vu.
Ça se pouvait. Il avait bien vu.
Je n'ai pas vu les nouvelles du sport à la télé en cette soirée du 10 mai 1970. Il n'y avait pas de réseaux de nouvelles en boucle comme aujourd'hui, donc j'avais manqué mon unique chance de revoir les faits saillants du match.
Couché dans mon lit, avec ma radio allumée à l'insu de mes parents, j'ai entendu aux nouvelles que les Bruins avaient gagné la Coupe Stanley, grâce à un but en prolongation de Bobby Orr. Qui d'autre?
Par la suite, j'ai vu des photos de Orr, qui vient de compter son but, en vol plané devant le gardien Glenn Hall, parce que Noël Picard lui a fait sauter les patins. J'ai finalement vu la vidéo du but, mais plus tard. Des années plus tard.
Peut-être un des buts les plus spectaculaire et dramatique de l'histoire de la Coupe Stanley...
... et je l'ai manqué.
J'en ai jamais vraiment voulu à mes parents. De toute façon, je prenais pour St-Louis. J'aurais été déçu d'être témoin de ce but. C'était mieux de même.
Si j'ai manqué la fin de ce match en 1970, depuis je n'ai manqué aucun des derniers matches de la finale de la Coupe Stanley. Pas un seul depuis 1970.(sauf l'année du lock out en 2005. Celle-là, tous l'ont manqué.)
Alors voici le but que je n'ai pas vu en direct, il y a 40 ans aujourd'hui.
lundi 10 mai 2010
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